Jeannot Tremblay

Trouver raquettes à son pied

Raquette Nyflex

De l’homo sapiens à l’homo raquettus

Bon enfin! La raquette à neige est maintenant devenue la reine des activités hivernales et les nombreux et différents modèles aux couleurs vives et attrayantes brillent sur les murs des magasins, attirent les regards et suscitent les désirs et les nombreux adeptes ne demandent plus que chercher  » raquette à leur pied « .

J’ai pratiqué la raquette traditionnelle à babiche pendant 20 ans. En 1990, attiré par les magazines américains qui présentaient des raquettes en aluminium avec des crampons et faute d’en trouver au Québec, j’ai dû commander des Redfeather Blackhawk au Colorado chez les  » Amaricains « . L’année suivante, le même geste impulsif pour des bâtons Leiki ajustables introuvables chez nous. Je ne pouvais résister à une tentation qui répondait à mon objectif de profiter des refuges de longues randonnées exclusifs alors aux skieurs hors piste. Ainsi, grâce à un équipement moderne accompagné d’un entraînement intensif, en 1995, j’ai défié la Traversée de Charlevoix, et en 1997 une expédition de trois semaines à Terre de Baffin.

L’argent ne fait pas le bonheur au même titre que l’équipement ne fait pas l’athlète, mais ça aide beaucoup à relever des défis autrement impensables. Aujourd’hui, l’homme solitaire que je suis fait enfin de plus en plus d’heureuses rencontres d’homo raquettus qui ont découvert les joies immenses que procurent la sensation de fouler un sol vierge et de sortir des sentiers battus.

Depuis les cinq dernières années, les raquettes modernes prolifèrent sur les tablettes des magasins et l’offre créa la demande qui nous mène à l’étape irrémédiable du choix et tel que dit dans le film  » La Matrice  » : l’on ne peut faire que les choix que l’on peut comprendre. Aujourd’hui, la raquette est méconnaissable et les modèles sont incroyablement nombreux et variés et même féminins. Les améliorations techniques ont transformé la raquette en outil léger, maniable et facile à transporter. Le cadre de métal et de plastique a remplacé le bois, le tamis synthétique a remplacé la babiche, le caoutchouc a remplacé le harnais en cuir, les fixations sont en métal. Ainsi ces nouvelles raquettes épousent le mouvement naturel du pied, facilitent la marche normale et s’adaptent à toutes formes de bottes grâce aux sangles ajustables et aux fameux crampons qui facilitent l’adhérence. De plus, c’est un excellent exercice cardio-vasculaire et le meilleur moyen d’apprécier le charme de notre court hiver.

Le choix – Côté face

Les raquettes se classent selon trois types d’activités : la raquette de loisir, de montagne et de performance. Le harnais et les crampons seront légèrement différents pour les deux premières catégories tandis que la raquette de performance est conçue pour faire de la course sur la neige et est donc plus légère. D’autant plus que la forme du cadre, le tamis, la courbure de la tête, les dimensions et le poids sont tous des facteurs qui influencent le choix des raquettes. La taille du raquetteur(se) et les dimensions de la raquette doivent également être en accord.

Le choix se limite irrémédiablement à un enjeu de taille soit poids total versus flottaison car la raquette n’empêche pas de caler, mais permet de moins caler.

Le poids est basée sur la personne + le bagage = poids total. La flottaison est basée sur la quantité et la qualité de la neige qui peuvent varier selon l’altitude, le vent, la température et le soleil. La neige poudreuse ou molle de décembre-janvier est différente de la neige granuleuse ou raffermie de février et de la neige durcie et mouillée de mars-avril dans le cas du Québec. La raquette de loisir et de montagne peut se pratiquer soit dans la neige poudreuse (cale jusqu’au mollet, genoux, taille ou par-dessus la tête) ou sur de la neige durcie (cale jusqu’aux chevilles max.). Donc, il faut déterminer quel type de terrain sera le plus fréquenté avant d’arrêter votre choix. Il y a le terrain plat inondé de neige molle ou dure et de même pour le terrain montagneux. Une fois le ménage fait dans votre tête, vous vous élancez au magasin et faites face à un mur rempli de raquettes de marque Tubbs, Atlas, MSR, Salomon, TSL, Baldas et ainsi que Faber et GV fabriquée dans la région de Québec. Une fois en mode rapproché, vous constatez qu’il y a des tamis en plastique, en quadex et en hypalon et des crampons longs et courts et des harnais en plastique, en caoutchouc avec des sangles à courroies et à cliquets. Et enfin, tout étourdi vous vous jetez dans les bras d’un vendeur qui semble s’y connaître et retombez en arrière pour vous cogner la tête sur mon article qui vous aide à réaliser vos rêves mais en consommateur averti.

Et moi, le vétéran, j’essaie de vous diriger vers un choix éclairé afin de profiter de cette belle neige vierge et propre qui, comme le vêtement, réussit à cacher les imperfections de la nature et ne demande pas mieux que de se faire écraser par une belle paire de raquettes modernes à 300 $.

Les modèles présentés au public sont de grandeur assez standard, soit des 8 X 24 pouces (20 cm/65 cm), 9 X 30 pouces (27 cm/76 cm) et des 10 X 36 pouces (25 cm/91 cm). Ainsi, les 8 X 24 sont destinées aux sentiers tracés donc sur terrain dur ou aux enfants marchant dans la neige molle, ou aux personnes de poids léger avec une petite charge. La dimension 9 X 30 est le modèle le plus populaire à cause de sa polyvalence, sa légèreté et sa maniabilité et l’on peut faire référence au modèle Nyflex de GV qui est aussi efficace en neige molle qu’en terrain dur. Puis les10 X 36 qui s’adresse à un poids de 160 livres (80 kg.) et plus qui répond bien au postulat de base qui dit que plus la surface est grande et plus ça flotte. Par contre, elles sont moins maniables et plus lourdes. C’est dans la neige molle que nos bonnes vieilles raquettes traditionnelles sont insurpassables, car mes  » babiches  » de 14 X 47 pouces (35 X 119 cm.) ont le même poids que mes 9 X 30. Retenez qu’il est parfois moins pénible de s’enfoncer un peu plus avec des raquettes petites et maniables que de se débattre avec de grandes raquettes pesantes.

La différence survient si le terrain dur est plat ou montagneux. En terrain plat, les crampons sont moins agressifs, la fixation peut être molle tandis qu’en terrain montagneux, la raquette ne peut devenir qu’un remplacement de crampons de glacier. Ainsi les crampons sont plus agressifs, la fixation plus rigide et elle pivote autour d’un axe de métal et les bottes sont plus rigides. Les raquettes de marque Salomon, MSR et GV (Nyflex) sont des exemples de ce type de raquettes conçues expressément pour la montagne même glacée.

Le choix – Côté pile

D’autres facteurs au niveau des composants peuvent influencer votre choix.

A) Le poids de la raquette elle-même a son importance lorsque l’on dit qu’une livre dans les pieds équivaut à cinq livres sur le dos. Une paire de 9 X 30 pèse en moyenne 4.5 livres (2.1 kg.). D’autres modèles de cette grandeur peuvent être plus lourds à cause de la qualité de l’aluminium et du système de fixations. Souvent, les moins chères sont les plus lourdes.

B) Le système de fixations, cœur de la raquette, est, sans aucun doute, l’innovation la plus remarquable sur les raquettes modernes. Le cuir et la boucle métallique de nos vieilles raquettes sont remplacés par des lacets et des sangles de nylon ou de caoutchouc. D’autres modèles imitent le snowboard avec des sangles à cliquets qui sont plus rapides même avec des mitaines. Mais tout cela comporte ses avantages et ses inconvénients : les sangles de nylon et les lacets une fois mouillés deviennent glacés, ce qui rend l’ajustement plus difficile. Les sangles en plastique peuvent casser au froid intense. Le caoutchouc purement naturel ne baisse pas la tête même devant un froid de -30 celsius.

Toute cette belle technologie n’est pas infaillible et il est par conséquent préférable d’apporter sa trousse de réparation composée de pinces, broche, vis, tarots, écrou, tape, etc., car une fixation cassée fait facilement de vous un  » va-nu-pieds « . J’ai connu ces désagréments et depuis j’apporte une fixation de rechange surtout avec mes MSR de montagne qui ont l’avantage de se remplacer en cinq minutes.

Aussi, ces fixations sont liées à la raquette soit,

A) Par une bande de caoutchouc très solide qui fait relever le derrière de la raquette, dont l’avantage est la maniabilité en neige poudreuse, permet de reculer et de mieux enjamber les obstacles, par contre elle projette la neige sur votre arrière-train.

B) Par un pivot en métal qui bloque à 45° ou à 90° qui est avantageux en montagne parce que vous soulevez le talon et la raquette reste au sol, mais moins maniable dans la neige poudreuse et l’avant des raquettes peut frapper le tibia. Rien n’est parfait. Toutefois, même si les fixations s’adaptent à plusieurs modèles de bottes, apporter vos bottes en magasin, car essayer c’est l’adapter.

C) Les crampons, absents sur les raquettes traditionnelles donnent aux nouvelles raquettes des allures de  » char d’assaut « . Les modèles destinés à la montagne possèdent des crampons proéminents qui peuvent gêner la marche sur un terrain plat et dur. Des crampons sont ajoutés au niveau du talon et même sur les côtés. C’est ici qu’il faut surveiller le poids de la raquette et payer plus cher ne signifie pas nécessairement meilleur, car le meilleur, c’est vous-mêmes avec vos muscles d’acier, votre volonté de fer et votre moral de plomb et par conséquent tout le poids se retrouve sur les raquettes.

D) Le tamis, qui est un peu le plancher de la raquette, peut être plus ou moins glissant ou plus ou moins adhérent à la neige. Le tamis autrefois fait de babiche passe maintenant par toute une gamme de mélange entre le polyuréthane et le caoutchouc un peu comme le passage du nylon simple au Goretex dans le vêtement. Je préfère le tamis en Hypalon qui est moins glissant mais fait augmenter le prix.

E) Le cadre possède aussi ses qualités de fabrication. Il faut surveiller le système employé pour joindre la fixation à la raquette. Il faut penser à l’usure à long terme, au type d’aluminium employé et à la façon dont les joints d’aluminium sont soudés. Il faut jeter un coup d’œil sérieux sur les raquettes importées de la France telle que la TSL. Différentes des modèles américains et canadiens, elles offrent un cadre avec des particularités fort intéressante. La raquette TSL est distribuées au Québec depuis seulement deux ou trois ans.

F) La courbure de la tête, qui revêt son importance en montagne. La montée en escalier demande une tête presque droite, sinon il faut employer la montée en slalom, tandis qu’en descente dans la neige molle (ça c’est l’euphorie) une tête relevée empêche la raquette de piquer et vous évite une fouille.

Certains modèles n’ont pas de cadre ni de tamis du fait qu’ils sont moulés dans le plastique telles les raquettes françaises ou moulées par injection tel le modèle Nyflex de GV (voir photo cihaut). Pour ceux et celles qui pratiquent sur un terrain dur en montagne, les cales de montée que l’on retrouve sur les modèles MSR Ascent et Evo sont très efficaces permettant de garder le pied à plat dans une pente très abupte.

Ouf! Dans notre tête on ne sait plus encore où donner du pied, sauf que maintenant, à partir de ces conseils vous avez une clé du registre qui donne une valeur à votre décision dans le but de vous faire éviter un achat impulsif.

Raquette MSR

 

L’essai

Arrêtez-vous à la lecture d’articles dans les magazines tels que Espaces, Géo Plein air, Marche et randonnée où l’on donne quelques conseils, car le meilleur conseil que je vous offre, et ce, gratuitement, est la location en magasin ou l’emprunt à un(e) ami(e) qui sont les meilleurs moyens d’obtenir satisfaction de son futur investissement. Choisissez une raquette qui sera efficace dans diverses situations.

Les conditions météorologiques qui s’appliquent bien pour un tel essai sont :

Un froid intense de -20 oC et plus gagne la partie sur les tamis, fixations et sangles qui contiennent un grand pourcentage de plastique. A cette température, les gagnants sont le caoutchouc, le nylon et les lacets ou les sangles.

Au printemps, la neige mouillée et collante donne beaucoup de fil à retordre à l’équipement. Elle a même sonné le glas aux fixations en cuir des raquettes traditionnelles parce qu’une fois mouillé, le cuir s’étire et la fixation quitte le pied.

Même nos chères raquettes modernes plient l’échine à cause de la neige qui forme une bosse incommodante entre la fixation et la semelle et aussi le fameux  » bottage « , neige qui s’accumule dans les compartiments en dessous de la raquette française et la belle boule glacée en dessous des crampons des raquettes nord-américaines. Tous ces inconvénients peuvent changer un sourire en grimace ou une tête froide en tête chaude.

Raquette GV

Lors de l’achat, il est important de vérifier le service après-vente et d’examiner la raquette avec attention en cherchant le maillon le plus faible, ce qui vous persuadera de la solidité des autres parties. Je conseille fortement la compagnie GV, installée à Loretteville dans la région de Québec depuis 1959 qui fabrique une vingtaine de modèles de raquettes, offre un service de qualité et est à l’écoute de la clientèle. Ainsi donc, une fois que la raquette aura trouvé son pied comme le soulier de Cendrillon et une fois les essais satisfaisants, vous serez content de votre choix établi selon des critères de confort et de terrain et il est alors temps de foncer vers cette belle nature blanche et calme qui invite à la spiritualité. Une fois qu’on a trouvé raquette à son pied, il ne reste qu’à partir à la conquête des sentiers enneigés jusque là inaccessibles et où aucune pente ne semble trop abrupte.

Les accessoires

Je ne peux vous quitter sans parler d’accessoires importants dont l’un complète les pieds et l’autre les mains.
Les bottes que vous employez doivent marier la fixation qui elle-même doit épouser la botte. Ça donne une chance de faire une relation durable et solide à la satisfaction des deux parties.

Ainsi, des entreprises telles que Salomon, TSL, North Face et autres ont suivi l’essor de la raquette et fabriquent des bottes de randonnées en ajoutant une doublure et une membrane imperméable qui garde le pied au chaud et au sec et utilisable uniquement en hiver. Encore une fois, le choix de la botte est en relation avec la qualité de la neige et la température ambiante. Pour marcher dans la neige molle ou poudreuse, il faut utiliser des bottes hautes et des guêtres. Mais le printemps et son acolyte la neige mouillée exige des bottes peut-être moins chaudes mais légères et imperméables et accompagnées de guêtres qui empêche la neige-eau de pénétrer dans la botte. J’utilise, au printemps, des bottes de marque Acton fait de caoutchouc à la base et un chausson intérieur interchangeable dont la deuxième paire est dans votre sac à dos, cela va de soi. J’utilise encore une bonne vieille paire de mocassins en cuir à semelle haute qui sont légers, souple et chaud, mais ne s’adapte pas aux nouvelles fixations qui demandent des bottes rigides avec un résultat très efficace.

La couche de protection située entre la botte et le pied se compose de deux paires de bas et synthétiques en plus. La première paire est mince et sert à évacuer l’humidité et l’autre paire, plus ou moins épaisse, selon la température, ramasse l’humidité et garde la chaleur.

Les bâtons sont un complément inséparable de la marche en raquette. Ils aident indéniablement à garder l’équilibre, à tâter l’épaisseur de neige ou de glace, à se sortir d’embarras, enlever la neige de la branche avant le passage, à pousser, tourner et servent même d’appui pour les exercices de réchauffement. Ils doivent être rétractables, d’abord pour s’ajuster au terrain lors des descentes ou de montées abruptes, puis pour la facilité lors du transport dans le sac à dos. Choisissez un grand panier si vous prévoyez vous lancer dans la neige poudreuse. Les systèmes de barrure à vis qui peuvent naturellement dévisser sont maintenant remplacés par des systèmes à levier et des boutons-poussoirs à ressort. De plus, le bâton met à contribution les muscles du haut du corps et aide également à répartir le poids supporté par les jambes et les genoux. La qualité décide du prix qui varient de 80 $ à 200 $, mais l’investissement se récupère au niveau de l’économie d’énergie physique.

Voilà le trio burger de la raquette : bâtons,bottes et raquettes et ainsi dans mon prochain article, les petits doigts continueront à monter sur le corps humain pour parler des vêtements à porter lors d’une excursion ou une expédition, sur le conditionnement physique et les règles de sécurité et plein de petits trucs et techniques de marche, de grimpe et de descente et même jusqu’à l’escalade en raquette. Wouah!

Alors «bon ni vert»!

Je suis à votre dispostion pour répondre à vos questions, recevoir vos commentaires et suggestions suite à vos expériences de raquetteurs, raquetteuses. Écrivez-moi à l’adresse suivante: nano.na@sympatico.ca.

JEANNOT TREMBLAY

Commentaires

  1. Guylaine dit:

    Bonjour, une question très facile pour vous le pro de la raquette, je pèse 130 lbs et aimerais savoir si une raquette traditionelle en babiche de 14″ par 42″ me convient pour des sentiers vierges de beaux cristaux de neige. Merci et bons préparatifs pour la belle saison ❄

    • Lisa Oscaby
      Lisa Oscaby dit:

      Bonjour, je te dirais que oui ca peut avoir un coté vintage!! Par contre si tu abordes un brin de montée tu auras bcp plus de misère! Advenant le cas ou tu veuilles faire des sorties avec notre club, nous allons fortement vous conseiller d’avoir une autre type de raquette avec des crampons dessous.
      voilà
      au plaisir
      Lisa

Laisser un commentaire

*